Aujourd'hui, les Jazzpirateurs sont retournés dans leur tribu mais ils ont semé sur le Bicoque un germe tenace.
Nous sommes arrivé à Grenade en longeant la côte au vent . Assez près pour admirer déjà l’île, vallonnée, montagneuse,contrastée. Cela nous a aussi permis d’éviter un volcan sous-marin
actif,en le laissant largement à tribord. Il convient en effet de fuir les volcans sous-marin actif sous peine de couler : les bulles d’air générées par l’activité volcanique modifient la
poussée d’Archimède et dans un bouillonnant tremblement, le bateau coule irrémédiablement !
Nous jetons l’ancre à Prickly Bay , une anse protégée et coquette au sud de l’île.
La plupart des voiliers qui naviguent dans les Antilles viennent ici, à Grenade
passer la saison cyclonique, de juillet à novembre . Nous sommes en Octobre, nous ne sommes donc pas les seuls, d’autant que les travaux dans le port de Saint-Georges la capitale ,
limitent les places aux abords de la ville. Saint-Georges a été le théâtre de violents affrontements lors de l’intervention des marines américains en 83 pour déloger les communistes soutenus par
Cuba et porte encore les stigmates de l’ouragan qui a dévasté contre toute attente, l’île en 2003. La plupart des églises de la ville sont encore sans toits, mais le port a le charme du
vieux-port de Marseille et le marché les couleurs et l’exubérance des tropiques.
Quelques jours plus tard, nous partons en expédition pour Greenville de l’autre coté de l’île. Nous nous entassons à 8 dans un minibus, principal moyen de locomotion ici, conduit par Bernard, un placide rasta qui s’avère en fait musulman et comme c’est vendredi, notre voyage est bercé par les psalmodies du Coran.
Nous grimpons d’abord par de petites routes de montagne vers une des chutes et l’équipage plonge avec délice dans l’eau
Sur notre route vers Greenville, nous croisons plantations d’arbres à muscade et cacaoyers.
La noix muscade est la principale culture de Grenade ; l’île était le deuxième producteur derrière l’Indonésie avant le passage du cyclone qui a dévasté 90% des plantations.
C’est ce que nous explique le vieil homme qui nous fait visiter la coopérative de conditionnement de noix muscade de Greenville ; une installation désuète des années 40 dans laquelle flotte une atmosphère nostalgique. Nous repartons avec une cargaison de noix muscade pour les prochaines vingt années.

Au mouillage, la vie s’organise, école le matin pour les enfants, bricolage du Bicoque pour le capitaine, sieste, plage en fin d’après-midi. Le vendredi soir, Steel Band et pizza au Yacht Club, le samedi Olivier accompagne au banjo les groupes qui jouent au Big Fish, incontournable rendez-vous des équipages de voiliers sur Prickly Bay
Durant nos semaines de préparation du Bicoque pour l’aventure Caraïbes-Pacifique, nous faisons connaissance avec l’équipage du Lafco, Nathalie, Sébastien et Joan sont partis de France depuis un an et demi et pour le moment, remontent les Antilles. Joan, 4 ans et demi rejoint tous les après-midi Théo et Gaspard sur la plage.
C’est avec eux que nous faisons le tour de l’île, en passant par la chocolaterie d’où nous repartons incollables sur les secrets de fabrication du
chocolat noir, de la cabosse au chocolat chaud que nous dégustons avec plaisir malgré les attaques inlassables des invisibles mout-mout ( sorte de mouche microscopique qui vous arrache des bouts
de peau). Nous remontons au nord jusqu’au Morne des Sauteurs, une falaise qui plonge dans la mer. C’est là qu’ont disparu les derniers indiens caraïbes. Acculés par les français, ils sautèrent
plutôt que de se rendre. L’histoire des Antilles est pleine de ces épisodes dramatiques où s’affrontent français, anglais, hollandais se disputant cette terre.

Comme partout dans le monde, à Grenade en Novembre on prépare Noël. A chaque coin de rue retentissent les chants de Noël traditionnels qui parlent de sapin, de neige et de Santa Claus. Pas de
marrons chaud à Grenade, mais du soreel. Le soreel est une fleur que les grenadiens préparent en décoction au moment de Noël pour en faire une boisson acidulée, rafraichissante. C’est en fait le
bissap des africains, la fleur d’hibiscus .
Mi novembre, trois équipiers sont venus nous rejoindre pour accompagner notre navigation de Grenade aux San Blas. Lucien et Françoise, un couple d’Avignon dont nous avions fait la connaissance cet été, ils ont beaucoup voyagé et naviguent régulièrement aux Antilles, et Eric, un marin confirmé que nous ne connaissions pas encore, qui vient du nord de la France. Nous avons prévu de faire les îles du Venezuela, Blanquilla, Los Roques, Los Aves, les îles hollandaises, Carthagena de Indias en Colombie et enfin l’archipel des San Blas à Panama. Tout cela en moins d’un mois, cela tient plus du marathon que du voyage d’agrément dans l’univers du voilier de plaisance .
Départ le 17 novembre de Grenade, direction Blanquilla. La mer est belle. Nous passons notre première nuit en mer et arrivons vers midi sur le mouillage paradisiaque de Playa Yaque le 18. Nous retrouvons Twiligh, un catana 39, avec enfants à bord croisé à Carriacou quelques semaines plus tôt.
C’est un des grand plaisir du voyage en bateau, au gré des mouillages, nous croisons et recroisons des équipages copains qui deviennent souvent au fil des rencontres et la plupart du temps très vite des équipages amis avec lesquels nous échangeons informations utiles et états d’âme.
Blanquilla est une grande île plate habitée seulement par des militaires venezueliens et des ânes sauvages. Nous ne verrons ni les uns ni les autres,
mais le braiement des ânes berceront notre unique nuit à ses abords.
Le programme est serré, nous devons absolument être aux San Blas le 16 décembre et nous repartons le 19 à 15 heures pour Los Roques. Deuxième nuit en
mer.
Arrivés dans l’après-midi du 20 novembre à Cayo de Agua, nous retrouvons
l’équipage de l’Archibald, amis depuis notre rencontre à Mayreau dans les Grenadines fin octobre ; Véronique et Pierre voyagent depuis bientôt 5 ans avec leurs 3 enfants. Félix qui a 8 ans, vient aussitôt rejoindre Théo pour une chasse aux méduses en optimiste démâté. Les accompagne Chloé, 9 ans, du Maloya, nouveau bateau copain ( lire
sur la question et sur plein d’autres d’ailleurs, le texte savoureux de Marie et Hervé Nieutin dans Histoire de partir). Cela fait 12 ans que Sylvie et Bruno naviguent avec leurs 3 filles, et
elles sont devenus des sirènes.

A peine mouillés, Véronique et Sylvie entraînent Karine dans une cueillette aux lambis, d’énormes coquillages qui vivent dans les herbiers. Elles en récoltent une petite dizaine sous l’œil désapprobateur d’une raie qui méditait tranquillement posée sur le fond et dans l’indifférence d’un troupeau de grosses étoiles de mer paissant alentour.
Le soir repas à bord du Bicoque pour les parents, soirée enfants sur Maloya.
Le lendemain matin, séance de battage de lambi sur la plage seulement peuplée de pélicans et donc cari lambi le soir, offert par Bruno le réunionnais.
Nous sommes resté 48 h aux Roques, un exploit !
Le 22, tôt le matin, nous levons l’ancre pour Los Aves, Archibald et Maloya nous suivent de près. Les habitudes de l’équipage s’installent : Olivier, Lulu et Eric naviguent, pêchent ( beaucoup), surtout la ligne d’Eric : baraccuda, dorade coryphène, bonite. Françoise fait le pain- Olivier lui a transmis son savoir- la cuisine, les enfants jouent ou travaillent -un peu- Karine essaie de survivre…
Aux Aves, nous mouillons près d’une mince langue de terre. Malgré la maigre végétation,
il s’en dégage une délicate odeur de miel. Olivier pêche sous le bateau une sole si indolente que d’après Théo, il a du la pêcher à la fourchette.
Le 24 nous sommes à Bonaire, internet, café, resto, retour à la civilisation ?
Le 25 Lulu et Françoise découvrent l’île en scooter, le 26 c’est le tour d’Olivier et Karine : Papilu et Mamie Framboise (et crêpe dixit Gaspard) s’occupent des enfants.
Bonaire est une île hollandaise, mais on y parle aussi l’espagnol et l’anglais. D’immenses marais salans s’étendent au sud formant un saisissant contraste de rose, vert et blanc piqué du rouge vif des flamands roses, avec le bleu turquoise de la mer. Les fonds autour de Bonaire sont exceptionnellement transparents. Les tombants tombent très près du rivage et l’on peut admirer très loin une transparence d’aquarium.
Nous faisons connaissance avec l’équipage du Jolly Roger, un couple qui navigue depuis 9 ans, Martine peint de jolies aquarelles
Le 27 , nous longeons Aruba et Curaçao, direction Los monjes, un rocher de pierres aride tenu par une garnison de soldats venezueliens sensés scruter la frontière colombienne toute proche. Le
désert des Tartares. Nous devons y attendre la bonne fenêtre météo pour passer le Cabo de Vela réputé dangereux.
Particularité des Monjes : c'est deux gros rochers battus par les vents et reliés par une digue un
peu comme au frioul. Comme il y a plus de 20 m de fond, les militaires en poste ont tendu une grosse corde sous le vent de la digue pour que les voiliers s'y amarrent.
C'était assez inquietant de de faire confiance a un vieux bout, surtout avec 30 noeuds de vent.
Le deuxième jour de cette escale atypique, en fin d'aprés midi, la corde a
cédée emportant vers les brisants la grappe de 7 voiliers qui avaient eu la mauvaise idée de s'y amarrer !
Olivier était dans la cale babord en train de retendre la courroie de la pompe à eau de
mer (c'était pas le meilleurs moment pour bricoler ce genre de truc...) il a tout lâché, démarré les moteurs et contré la dérive alors que Karine et les équipiers essayaient de débarrasser
le Bicoque des amarres qui le maintenaient à couple des autre bateaux. Grosse angoisse que les dizaines de bouts flottant aillent directement dans les hélices. Plus manoeuvrant, nous aurions
tres vite ete drosse sur les cailloux qui etaient a une trentaine de metres. Miraculeusement, tous les voiliers s'en sont bien sortis. La plupart ont décidé de partir malgré une météo pas tres
favorable pour passer le cap.
Nou, nous avons choisi de rester sur un bout de quai agressif et bardes de ferrailles vaguements proteges par de vieux pneus de tracteur. La coque bâbord s'en est d'ailleurs retrouvé très
joliment décorée de gros ronds noirs que nous avons eu beaucoup de mal a faire partir. A 5 heures du mat on a dégagé vers le fameux cap de la vela , le "cap horn" des antilles.
Pour le passage de ce cap, les plaisanciers sont divises en deux camps : ceux qui veulent le passer le
plus au large possible et ceux qui veulent raser les cailloux. Nous avons pris l'option "rasage de cailloux" et tout c'est tres bien passe. Creux impressionnants mais vent modere pour le coin (45
noeuds). C'est la que nous battrons le reccord de vitesse du Bicoque : 19,5 noeuds !
Le 1er décembre ,nous abordons la terre colombienne aux 5 baies, Cayaraca, un bel endroit paisible ; quelques cabanes, un petit café en planche tenu par Maria, au dessus, des vols
de rapaces. Une atmosphère tranquille après une navigation musclée.
Martine nous fait cadeau d’un aquarelle en souvenir de l’aventure des Monjes.
Un nouveau bateau copain le Baguette avec Thomas et Tamara.
Le 3 décembre, nous naviguons vers Carthagena de Indias, la mer est formée, nous devons réduire la voile. En début d’après-midi nous passons au large du Rio Magdalena : la mer est de boue, épaisse, l’odeur d’humus couvre celle de l’iode. A la tombée du jour, nous decidons de faire une halte pour la nuit à Punta Hermosa, derrière une langue de sable mouvante donc non cartographiée ! Il paraît que c’est çà la vie de marin !
Le lendemain, dernière navigation avant Carthagena, pointe à 19 nœuds, le record
du Bicoque. Vers midi apparaît fantomatique à l’horizon une ville gratte-ciel. A 13 heures nous mouillons dans la baie de Carthagène. Baguette nous suit de près.
Eric rentre en France le premier, Lucien et Françoise nous accompagnent encore quelques jours, nous avons un peu de mal à nous quitter, mais rendez-vous est pris pour notre retour en France.
Sur le quai du Club Nautico, nous croisons Antoine, un jeune français qui fait le tour du monde. Son défi, ne jamais prendre de moyen de transport payant. Il nous appâte avec un boite de foie
gras, c’est décidé, nous l’embarquons.
Trois jours plus tard, Théo et Gaspard l’ont
adopté comme grand frère pour la traversée vers la terre promise des San Blas.
Les San Blas, enfin… ultime escale avant la grande aventure Pacifique. Nous y apprivoisons la lenteur depuis un mois après notre folle traversée des Caraïbes.
Les San Blas, un archipel d’îles qui s’étirent nonchalemment le long de la côte du Panama, le Bicoque les visitent, allant de l’une à l’autre au gré des envies de l’équipage.
Près de la côte montagneuse du Kuna Yala, les îles-villages où vivent les
Kunas ; plus loin les îles plantées de cocotiers, une des principales ressources des habitants des San Blas. A tour de rôle les familles
viennent des villages les entretenir et vivent une partie de l’année dans des campements. Envie de robinsonade, pêche,baignade, spectacle sous-marin et nous voilà dans les eaux turquoises de Cayo
Hollandes, Coco Bandero ou Isla Verde,







besoin de ravitaillement, le vent nous pousse vers Carti ou Porvenir, où les tiendas nous offrent fruits, légumes et vin !



Si l’eau douce vient à manquer, il suffit comme les kunas des îles Robeson de remonter la rivière à la rame.


La vie est paisible aux San Blas.


Mi-décembre, Bicoque compte un membre d’équipage de plus, la mère de Karine, Mimi vient nous rejoindre pour les fêtes. Elle
atterri à Porvenir, minuscule île aéroport devant lequel nous nous sommes mouillés. Le petit avion d’Air Panama passe au ras des mâts et s’arrête au bord de l’eau. Nous allons la chercher en annexe.


Ce même jour les femmes kunas des villages alentour organisent une grande exposition de molas sur le tarmac, un paquebot s’apprêtant à déverser sur l’île sa cargaison de touristes.


Les molas sont des pièces de tissus superposés finement découpés puis savamment repiqués aux couleurs souvent très vives qui orne les blouses des femmes Kunas. Les molas sont très prisés et leur
commerce constitue une part importante de l’économie kuna.Toutes les femmes kunas cousent des molas, assisent sur le pas de leur porte, un collier de bobines de fil coloré autour du cou, devisant
ou s’occupant des enfants, elles cousent inlassablement à petits points ces merveilles.

Nous passons Noël aux îles Robeson

où nous faisons la connaissance de Bredio et Sipu Bipi
qui nous accueillent chez eux pour un repas kuna de poisson fumé et de riz. Bredio comme tous les kunas est pêcheur sur son île et cultivateur sur le continent, quant il ne s’occupe pas d’une
cocoteraie pour la communauté.

Sur Bicoque, il y a le sapin (marin), la crèche et le Père Noël a trouvé les petits souliers de Gaspard et Théo
Pas de relâche pour l’école, Antoine qui continue le voyage avec nous s’occupe des maths, des batailles de sable, des arts ménagers et de l'escalade



il y a aussi les leçons de conduite et d'acrobatie.



Quelques jours avant la fin de l’année, nous pêchons un requin nourrice de 2 mètres. Renseignement pris auprès des Kunas cela se
mange et aurait le goût de langouste. Evènement dans la communauté de voiliers, un dizaine, qui mouille alentour. Nous nous retrouvons sur la plage pour tenter de dépecer l’animal. Un barbecue
nous réuni le soir sous une pleine lune étincelante.



Réveillon cosmopolite sous les cocotiers de Coco Bandero avec les équipages d’une dizaine de voiliers : à l’année prochaine dans le Pacifique, nous traverserons et nous nous retrouverons c’est promis !
Mimi est reparti sous les frimas d’Europe, nous continuons notre lente exploration des San Blas,






nous avons de nouveaux bateaux amis : Nausicaa, Badinguet, Fidji, nous retrouvons des bateaux amis laissé à Carthagène, Baguette, Jolly Roger, Archibald et Maloya.
A Cayo Hollandes sur l’île de Miriadiadup, Agrippina et Robertino qui s’occupent pour 6 mois de la cocoteraie nous
accueillent.


Comme toutes les femmes kunas, Agrippina porte la blouse de mola, le pagne imprimé, les bracelets de perles enroulés aux bras et aux jambes, et le bijou de nez en or. Tous les jours elle colore
ses pommettes d’un fard délicieusement rosé. Dans sa simple cabane de bambou sur la plage, elle est une princesse,comme toutes les femmes kunas, tous les jours. Elle a accepté d’initier Karine à
la beauté Kuna


et pendant 4 h, enroulé des perles autour de sa jambe. Nous sommes reparti, nous reviendrons, nous avons le temps…

Nous quittons les îles hors du temps des San Blas pour traverser l’un des ouvrages les plus moderne et audacieux du 20 ème siècle. Entre deux océans et deux continents, nous sommes devant les
portes du canal de Panama. Dans quelques kilomètres le Pacifique (avec des majuscules pour qu’il ne se fâche pas) Comme prévu, nous avons passé les
écluses avec Archibald et Maloya amarrés de part et d’autre du Bicoque. Les enfants se sont vite approprié ce nouveau terrain de jeu : un énorme radeau de 14 m de large et 13 m de
long.
Contrairement à celui de Suez, le principe de ce canal c’est qu’il faut monter de 28m au dessus du niveau de la mer, traverser le lac Gatun, et redescendre au niveau du Pacifique. Il y a en tout
6 écluses gigantesques que l’on partage avec d’immenses cargos.
Quand les portes en acier de 30 m sur 15 se ferment, on se sent comme prisonnier avec un tigre tout au fond d’un trou en pierre. Les vannes s’ouvrent et le niveau monte très vite. Le cargo remet
ses moteurs en routes et ses énormes hélices génèrent de gros remous qu’il faudra traverser pour passer dans l’écluse suivante.
Le soir, sur le lac, nous fêtons le demi-passage du canal. Les enfants organisent un concours de déguisements, le vin et le pastis détaxé coulent à flot. Les singes hurleurs et les caïmans essaient de dormir. Ils se vengeront le lendemain matin à 6h00.
Mais peu importe, parce qu’à 6h15, notre nouveau pilote monte à bord et donne l’ordre du départ. Chaque bateau est obligé d’en avoir un à bord. C’est lui qui décide du cap, de la vitesse et qui
donne des ordres aux « handliners », les teneurs d’amarres.
Cinq heures plus tard, nous passons sous le mythique pont des Amériques qui relie les deux continents. Laurent, Claudie, Odile et Jean-Paul venus nous aider pour le passage, nous disent qu’ils viennent de se faire de beaux souvenirs pour leurs vieux jours.
Ils ne sont pas les seuls.
Nous sommes maintenant à Panama City depuis une grosse semaine que nous avons occupé à acheter tout notre approvisionnement pour les 300 prochains jours.
« Si je met une cuillère à café de sucre dans mon café et que je bois deux cafés par jour, ça fait 600 cuillères multiplié par le nombre de personnes qui boivent du café sucré
etc. »
Le Bicoque est tellement chargé que sa ligne de flottaison est presque sous l’eau. Pour corser le tout, nous venons d’acheter 75 m de chaîne de 10mm et nous avons du mal à nous séparer de notre vieille chaîne. Trop sentimental le capitaine…
Demain nous partirons pour l’archipel des Perlas où nous resterons une dizaine de jours avant de commencer la traversée pour les Marquises via les Galapagos.
Donc soyez encore plus patients que d’habitude ; le blog ne devrait pas être actualisé avant fin avril.
Nous avons passé les derniers jours aux San Blas avec notre amie Flo, sur des rivages magiques à l’est de Cayo Hollandès ; des jardins aquatiques colorés où virevoltent des poissons fleurs multicolores, les saluts majestueux de tortues et la grâce des vols de raies léopard nous sont offert en adieux.
Nous faisons une dernière rencontre avec une famille Kuna gardienne de la cocoteraie de l’île, la douce Rosidella entourée de ses 4 enfants partage avec nous quelques moments d’amitié sereine au
delà des mots.
Dernières fêtes avec les équipages de Sharck, un ketch haut en couleur, Archibald et Maloya.
Et nous partons pour Colon, nous sommes mi février, nous avons embarqué les parents d’Olivier, Claudie et laurent, Odile et Jean-Paul, sa tante et son oncle. Le 6, Théo et Lila ont pu fêter leurs anniversaires avec les copains d’Archibald et Maloya qui nous ont rejoint : grillades de poissons chassés dans la journée, chansons et feu d’artifice sur une île déserte…
Maloya nous a précédé à Colon, entrée du canal côté caraïbe et nous avons rendez-vous avec le « mesureur ». En effet, Le Passage du canal se mérite et exige tout un rituel.
Les candidats sont regroupés sur le « flat », un espace entre port industriel et mangrove sous la protection d’un ange gardien, un transitaire indispensable pour affronter les méandres de l’administration du canal. Sur le flat, le bateau est jaugé, puis l’ange gardien, le nôtre s’appelle Tito, nous conduit à terre pour constituer le dossier, le soumettre à l’administration, puis payer une caution assez importante qui nous sera rendue après Le Passage. Cela prend deux jours , Colon à la réputation de coupe gorge , est une ville triste et sale, mais à aucun moment nous ne nous sommes sentis en danger. Nous attendons de connaître notre date de passage en nous offrant quelques nuits dans la belle marina de Shelter Bay face à Colon, à l’orée de la forêt tropicale. A nous les douches chaudes et les promenades au milieu des singes hurleurs. Les huit enfants de la troupe passent leur journée dans la piscine. Gaspard y apprend à nager avec succès sous la houlette d’Odile. Tous les soirs notre ponton retenti de musique et de chant. Nous faisons la connaissance de Patrick et Naya qui font le tour du monde sur Tiamanga un joli dériveur en alu : un nouveau bateau ami pour le reste de notre voyage. Enfin la bonne nouvelle arrive, nous passerons le canal en radeau, Bicoque au milieu, Archibald et Maloya de part et d’autre. Première partie de jour, nuit sur le lac Gatùn, arrivée dans le Pacifique le lendemain en milieu de journée. L’excitation monte…